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Sur la peine de mort

Ceux qui me suivent sur Twitter/Identica ou lisent mon StatusNet ont pu « vivre » très tôt ce matin l’un des épisodes les plus atroces d’une très mauvaise série américaine: la mise à mort par injection létale de Troy Davis.

On va très rapidement résumer le dossier: Troy Davis est un afro-américain qui a été condamné à mort pour le meurtre présumé d’un policier. Or, l’arme du crime n’a jamais été retrouvée, 7 des 9 témoins se sont rétractés et des doutes sérieux planaient sur les éléments restants (pas de traces ADN), et Troy Davis a toujours clamé son innocence, jusqu’à la fin.

Dans l’état de Georgie, la condamnation à mort est prononcée sur un avis unanime des jurys lors du procès. (les jurys sont des personnes lambda, vous pouvez très bien demander à être jury, et émettre un avis selon votre intime conviction). En fait, la question de la culpabilité ou de la non-culpabilité, ce « doute sérieux » qui a fait réagir beaucoup d’états européens, c’est juste l’élément qui rend le tout plus horrible encore. La question de fond, c’est bien la peine de mort.

J’en vois certains qui sont déçus que je fasse un article sans rapport avec le Japon: et bien je vais préciser que la peine capitale est toujours en vigueur au Japon (pendaison).

À mes yeux, la peine de mort ne peut trouver aucune justification. Aucun état « démocratique » et promoteur des droits de l’Homme (et aucun citoyen attaché à la démocratie et les droits de l’Homme) ne devrait avancer que la peine de mort ait une quelconque utilité pour la société. Et tout antithéiste que je suis, cela n’a rien à voir sur un seul droit de vie et de mort par une force divine. Punir une mort par la mort ? C’est le serpent qui se mord la queue, un cercle vicieux sur la loi du talion.

L’effet dissuasif de la peine de mort est l’une des justifications les plus stupides qui m’a été donné de voir, et aussi cette volonté de briser définitivement le lien entre un individu et le reste de la société pour « protéger » cette dernière (ça c’est aussi par rapport à la prison à perpétuité et l’idée comme quoi la prison serait un exil forcé). C’est que beaucoup de gens, notamment français, croient pouvoir dire « oui c’est de la peine de mort mais pour eux c’est pas grave » : peu importe les faits qu’il a commis, un être humain est un être humain, doit vivre comme tel, doit être traité comme tel, doit être réhabilité comme tel.

La condamnation à mort a aussi ça de spécial: elle est définitive et irréparable. Une erreur judiciaire ? Trop tard. À cela s’ajoute la douleur d’une famille, et la satisfaction sanguinaire (voire psychopathe) d’une autre. Si la société devait se résumer à ces 2 familles, cette société serait complètement déchirée. Comment construire une société saine autour de mesures aussi violentes, barbares même ? C’est impossible.

Nous sommes tous programmés pour mourir. Mais nous ne sommes pas programmés pour tuer.

16 commentaires sur Sur la peine de mort

  • Gabysse

    Voilà, et cet homme a été conduit à l’échafaud malgré les centaines de pétitions qui ont circulé grâce à Amnesty International et les milliers de signatures, électroniques ou non, de milliers de gens dans le monde… Mesdames et messieurs, saluez les Etats-Unis d’Amérique, promoteur des droits de l’Homme, protecteur de votre liberté et garant de votre sécurité !

  • gnuzer

    L’année dernière, c’était aussi ça qui m’avait fait un choc : http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/03/23/le-texas-veut-executer-le-mari-dune-francaise/ (surtout pour l’enquête complètement bidon).

    Quand tu parles des jurys, je pense à « Twelve Angry Men » (une très bonne pièce, adaptée en flim en 1957).

    Sinon, la fameuse image toujours appropriée : http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/56/25/34/rakotoarison/_blogFranquinIdeesNoiresPeineCapitale.jpg

  • Ywen

    D’accord, mais à ce moment-là le problème ce n’est pas la peine de mort, c’est la justice qui fait n’importe quoi.
    Ce sont les erreurs judiciaires qui sont condamnables, non pas la peine en elle même. Tu imagines bien le discours que doivent tenir les pères ou mères de familles dont les enfants ont été assassinés par un homme dont la culpabilité est archi-prouvée.

    • Yoha

      @Ywen: Contrairement au délit, la peine liée à une condamnation pour crime n’est pas vouée à réparer. En l’occurrence, il faut bien comprendre que la peine n’est pas décidée pour réconforter les familles.

      Hors des dommages et intérêts, une peine peut être abordée comme ayant deux objectifs: l’un dissuasif, l’autre visant à changer le comportement de l’individu. Dans certains cas, on décide de séparer l’individu de la société en abandonnant l’espoir de réinsertion dans la société (ce qui peut néanmoins être ré-envisagé au cours des années) ; de manière plus radicale et définitive, vient la peine de mort.

      Les deux avantages attendus de la peine de mort sont: un effet dissuasif plus fort et un détenu de moins à héberger (donc moins de frais, et une place occupée en moins). Dans le cas présent (de feu Troy Davis), c’est le deuxième qui a joué, puisque l’effet dissuasif est affaibli (si on peut être exécuté sans raison) et que reconnaître son erreur aurait coûté cher au département de la justice. Il me semble assez évident que l’argument pécuniaire ne peut pas être ici retenu comme raisonnable (au sens d’opposable en débat).

      Il reste donc l’effet dissuasif. Si l’on souligne que le cas de Troy Davis n’est pas isolé (faiblesse de l’accusation), on comprend que l’effet dissuasif s’estompe. De plus, si les exécutions sont très peu fréquentes, elles ne joueront qu’encore moins dans l’effet de dissuasion (faut-il rappeler que celui si est relativement faible pour un meurtre ?).

      D’autre part, la peine de mort amène un léger désagrément assez évident: on ne peut pas revenir sur une décision de justice après sentence…

      Au final, les deux seules approches raisonnables de la peine de mort me semble être soit de l’abolir, soit de la généraliser (mais pour des pays qui se prétendent démocratiques, je ne crois pas que ce ne soit la chose la plus avisée à faire…).

      • Cheaterman

        On n’a vraiment rien à gagner à offrir la liberté à l’âme d’un criminel. Il faut priver son corps de cette liberté, à titre définitif (si on peut rien en faire de mieux -> une prison c’est avant tout une école [enfin une vraie prison, pas celles qui existent...]).

        Et comme tu le fais remarquer, l’argument pécunier a sûrement pesé très lourd dans les hautes sphères, même si c’était au jury de prendre la décision finale.

        • Cheaterman

          D’autant plus que de nos jours avec l’injection létale ça doit être une partie de plaisir de passer au couloir de la mort. Je suis sûr que les types qui ont tué plusieurs dizaines de personnes en rigolent encore d’avoir pu faire retarder leur exécution afin de changer de modus operandi.

          • Cheaterman

            Et je ne dis pas ça pour les gens qu’on tue sans preuve de leur culpabilité bien entendu…

            • Ok, point par point:

              - le concept d’âme n’a aucun fondement scientifique
              - on a tout à perdre à nier l’humanité d’un criminel
              - tuer un homme pour ne pas avoir à payer des indemnités… wow…
              - l’injection létale c’est juste pour se donner bonne conscience (en France, on guillotinait). La finalité est la même.
              - parce que c’est drôle de ressentir l’exclusion de la société et de subir un meurtre prémédité des années durant ?

              Food for your mind :)

              • Yoha

                J’essaie d’éviter pour le moment d’aborder tout aspect moral, donc je retiens le poids de l’économie («argument» est impropre, je viens de me rendre compte que je l’avais utilisé par défaut): il ne _légitime_ pas, il justifie, ou du moins il peut aider à expliquer certains choix.

                Sur un homicide volontaire, le remords ne justifie pas un allégement de peine en regard du rôle d’une peine. Pour l’injection létale, c’est juste plus propre, plus pratique, mais ça ne fait pas de grande différence pour le condamné (peut-être moins spectaculaire aussi).

                Pour «Je suis sûr que les types qui ont tué plusieurs dizaines de personnes en rigolent encore d’avoir pu faire retarder leur exécution afin de changer de modus operandi.», j’attends d’avoir des explication, parce que là j’avoue ne pas avoir compris le sens de la phrase (je ne sais même pas si elle se place du point de vue du bourreau, du condamné, du meurtrier, etc).

              • Cheaterman

                Broaf, les philosophes scientifiques n’ont rien contre pourtant, s’il s’agit de la définir comme un ensemble d’impulsions électriques parcourant ton cerveau :) .
                Je ne remets en aucun cas en question l’humanité d’un criminel, je rappelle mon commentaire au dessus : les prisons sont un organe de réhabilitation.
                Tuer pour de l’argent ? Ça se fait oui. C’est dégueulasse hein ?
                Concernant l’injection, ça ne déplaît probablement pas à ceux qui la subissent d’être exemptés de pendaison. La guillotine ça revient au même certes, spectacle en plus. On se donne bonne conscience en n’ayant pas de spectacle à regarder (enfin… pour ceux qui y assistent, c’est quand même la mort d’un homme, tête tranchée ou pas).
                C’est justement parce-que c’est beaucoup moins drôle d’être exclus (je dirais même renié, au vu du retrait des droits civiques) de la société que la peine de mort n’a pas de sens.

                @Yoha:
                Aux États-Unis, dans pas mal d’États, les procès menant au couloir de la mort duraient fort longtemps, tandis que les méthodes d’exécution n’ont pas cessé d’évoluer. Ce sont les condamnés qui devaient être contents. (Non, je ne m’épanchais pas sur l’éventuel sadisme des bourreaux… xD)

                • Yoha

                  @Cheaterman: Ce n’est pas parce que les procès sont lents qu’ils sont davantage impartiaux et justes. Et c’est toujours une période de flottement pendant laquelle le prisonnier provisoire ne peut pas faire grand chose…

          • Yoha

            *pécuniaire

            J’ai du mal à comprendre ton dernier commentaire (surtout la dernière phrase -> l’exécution de qui ?).

            L’argument le plus fort que je relève à l’encontre de la peine de mort est celui de la non possibilité de réparer (au moins partiellement) une erreur judiciaire. Quant au fait qu’on ne devrait pas suivre la loi du Talion, je pense que c’est davantage sujet à discussion donc je préfère laisser de côté tant que ce n’est pas utile.

            • Cheaterman

              Le vrai problème c’est que Mitsu veut un débat scientifique en excluant la philosophie, et toi un débat que je qualifierais de judiciaire. Ce que ça a de mauvais : on n’emploie pas le même vocabulaire. Ce que ça a de bon : d’un point de vue comme d’un autre, la peine de mort est une absurdité, a fortiori si on l’applique avec des doutes.

  • Yoha

    Rha, je me trompe toujours en suivant le lien et je me désinscrit de la newsletter.

  • morgone

    certes le japon possède la peine de mort par pendaison (un échafaud je doute que le condamné ait le temps de souffrir), mais il faut noté que la peine de mort là bas n’est appliqué que dans des cas extrêmes, et le nombre d’éxécution là bas est infime comparé aux états-unis. le plus souvent ce sont des peines de prison à perpétuité. pour que la peine de mort soit appliquée, cela nécessite des homicides graves et des conditions particulière jugées comme barbares. je ne suis pas là pour spécialement défendre le japon mais je voulais juste apporter cette petite précision.

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